La solution: Le texte du Serment d’Hippocrate

Comme toujours ou presque toujours, l’énigme-évocation du samedi a été trouvée, malgré les saintes fausses pistes suggérées à dessein…Bravo Dom.A!

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Et un clin d’oeil à Dominique Hasselmann qui, par hasard, cite le personnage évoqué dans son billet du jour!

Bien évidemment , le jeu autour du verbe prêter amène à l’expression « prêter serment ». Rechercher la formule sur Google fait surgir en tête de liste  la solution de l’énigme.

Donc, il s’agissait bien du fameux serment d‘Hippocrate , texte fondateur s’il en est.

Tout d’abord, Hippocrate, qui était-ce? Pas n’importe qui, en tous cas. Pour ne pas être sorti directement de la cuisse de Jupiter, il n’en descend pas moins, par son père, de l’illustre Apollon. Et par sa mère, dit-on, du non moins célèbre Hercule qui pour être dieu des arts, détient également le portefeuille de la santé et de la guérison…

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Apollon et sa soeur Artémis

Selon l’une des versions en cours, Apollon, un jour, tomba amoureux d’une sublime mortelle appelée Coronis. Sublime, mais volage…(« n’épouse jamais une trop jolie fille »…qui donc nous a chanté cela à l’envi?). Coronis, éprise d’un autre, disparaît. Apollon, fou d’inquiétude, mais encore ignorant de la triste réalité des choses, envoie à sa recherche, une corneille blanche.

Las! La corneille découvre la légéreté de Coronis et s’en revient prévenir Apollon dont la colère est si grande, si impressionnante, que la pauvre corneille en a le sang tout retourné et devient..noire!

Vous savez à présent  et par la même occasion, pourquoi les corneilles (pour tout dire, nos corbeaux), ont le plumage si sombre!

Mais revenons à la généalogie d’Hippocrate. Devant le chagrin et la colère d’Apollon, sa soeur (qui n’est autre qu’Artémis, la déesse de la chasse), décide le venger et décoche une flèche mortelle à Coronis. Mourante, cette dernière avoue au bel Apollon qu’elle porte son enfant. Apollon recueille ce fils qu’il nomme Asclépios ou Esculape. Décrit dans l’Iliade, comme « médecin irréprochable[1] », on le voit souvent représenté tenant un bâton sour lequel s’enroule un serpent.caducee.1225543567.png Ses deux filles: Hygie et Panacée veilleront respectivement à notre future hygiène et aux soins efficaces, comme leurs noms l’indiquaient dès leur naissance.

Descendant de cette lignée agitée et préoccupée de santé publique, Hippocrate (460-356 av. J.C) est considéré comme le fondateur de la déontologie médicale et ce, jusqu’à nos jours, puisque les étudiants en médecine du monde entier le reconnaissent encore comme leur guide et  prêtent toujours le serment de se conduire à travers leur art, selon les règles qu’il a formulées.

Serment d’Hippocrate:

« Je jure par Appolon, médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants : je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins. Je tiendrai ses enfants pour des frères et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître, et aux disciples liés par un engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre. Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je les écarterai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion. Semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif (condamnation de l’avortement). Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté. Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s’en occupent (L’interprétation de cette partie du texte est délicate, peut être Hippocrate voulait-il refuser la castration) . Dans quelque maison que j’entre, j’ y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. Quoi que je voie ou entende dans la société pendant l’exercice ou en dehors de l’exercice de ma profession je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas. Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes, si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire! »

La solution: Philip Roth dans « Portnoy et son complexe »

Josyane Savigneau en duo de complicité avec jean d’Ormesson, sur un plateau de télévision, reprenait l’opinion de Toni Morrison affirmant « Cela fait longtemps qu’il (Philip Roth) aurait dû avoir le prix. »(Nobel). De quoi accentuer le complexe d’un écrivain qui le décrit si bien!

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L’article du Nouvel Obs du 22/10/08 interroge donc celle qui fut le dernier écrivain américain à recevoir le Nobel de Littérature (1993) et qui réagit aux propos sévères tenus par Horace Hendghal, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise: les auteurs américains sont trop «isolés» et «ignorants» pour rivaliser avec la littérature européenne!

Ambitions déçues de part et d’autre de l’Atlantique! Qu’importe! On espère que l’auteur de « Portnoy et son complexe », subtil observateur de la société qui le détermine, humoriste accompli conduisant son lecteur à la vision distanciée que lui-même sait opérer, s’amuse de cette guerre des susceptibilités froissées…

Pour en revenir à l’énigme, n’est-ce pas, il s’agissait bien sûr, de se moquer des mines défaites et des jugements condescendants! Car bien sûr, Le Clézio n’a pas pris la place d’un Philip Roth. Ce n’est d’ailleurs pas ce que dit Toni Morrison dont on déforme les propos. Et avec elle, gageons qu’un jour, ce dernier obtiendra cette suprême et lucrative distinction.

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En tout cas, « dans ses fictions, Roth s’est incarné en divers personnages, dont le plus marquant et le plus récurrent est Nathan Zuckerman, son alter ego, son double — comme lui écrivain juif américain, comme lui né dans la petite ville de Newark, New Jersey, comme lui New-Yorkais d’adoption et englué dans des relations de couple à jamais conflictuelles. Salué par la critique, des deux côtés de l’Atlantique, comme l’un des grands romanciers contemporains, Philip Roth a dû attendre, en France, la publication de Pastorale américaine, en 1999, et surtout de La Tache (2002, plus de 300 000 exemplaires vendus) pour accéder à un large public »..

(extrait de l’article de Télérama référencé dans le premier paragraphe).

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Dans son ouvrage « Le sein », par exemple, Roth, singeant Kafka dans « La Métamorphose » où Grégor Samsa se voyait transformé en énorme scarabée, raconte la transformation d’un professeur de littérature en un sein gigantesque. Une réelle gageure à travers laquelle l’auteur conduit son récit de la fantasmagorie au comique déjanté: « une plongée fascinante dans l’univers d’une sexualité hermaphrodite refoulée, une parodie autant qu’une étude de la psychanalyse, ainsi qu’un clin d’œil aux thèmes chers à Philip Roth comme le poids de l’hérédité juive américaine. »

La photo de Philip Roth est empruntée à l’article « Philip Roth, grand corps malade », d’Anthony Palou du O5/11/07. Le Figaro Magazine

L’énigme du samedi: Parlons de lui qui saurait en rire

Parlons de lui

qui aurait pu, à cette heure,

occuper le tout devant de la scène.

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Mais ce n’est que prétexte

à discrédit d’un autre.

Moi, je suis sure

qu’il en rit.

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Comme il rit et nous a fait rire (entre autres),

à la lisière de la fiction et de l’autobiographie

de la société dont il est issu.

Quel est donc l’écrivain évoqué

et l’ouvrage qui a révélé son talent et son humour?

Illustration: tableau de Paul Cézane

Le Clézio ou la longue marche d’un « barbare païen »

Comme le fait Alain Lecomte dans « Pourquoi Jean-Marie le Clézio mérite le prix Nobel de Littérature », revenons à Le Clézio.

Essayons de comprendre, en effet, pourquoi les réserves polies des salons littéraires parisiens rejoignent (pour d’autres motifs que l’envieuse déception) celles émises par la critique américaine parfaitement résumées par Jérôme Garcin (15/10/08) dans les colonnes de « l’Obs « :

Voici un extrait de cet article:

« Pour avoir osé, il y a vingt ans, célébrer, avec «le Rêve mexicain», le génie de la civilisation aztèque, avant que les troupes espagnoles n’en eussent éradiqué les oeuvres et les mythes, Le Clézio fut traité de «barbare païen» et d’apologiste du «fascisme aztèque» par Guy Scarpetta dans «Globe»; et pour avoir donné une nouvelle à la «Revue d’études palestiniennes», «le bon sauvage» fut, dans le même «Globe», accusé par Bernard-Henri Lévy d’être «un anti-sioniste déchaîné».

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Depuis, le procès en obscurantisme n’a jamais cessé. Paris n’aime pas qu’on lui préfère les plaines arides, les montagnes sèches et les ciels sans fumée. Paris n’aime pas qu’on se refuse à elle et qu’on ne sacrifie pas à ses modes. On ne compte plus les clercs qui ont stigmatisé l’idéaliste baden-powellien refusant l’idée de progrès et les miracles technologiques; le protecteur des baleines grises de Californie; le croisé viking de Robert Redford et de Nicolas Hulot; l’écrivain à la prose trop simple, trop nue, alors qu’elle n’est que limpide, douce comme un galet poli par les vagues du temps et décoré par un peintre naïf. Car il se méfie de la phrase précieuse comme les Indiens des luxueuses étoffes de Cortés, comme les naturistes des textiles. Il tient que la fonction de l’écrivain est de nommer, pas d’enjoliver.

Pourquoi tant d’acrimonie, sinon parce que les contemporains de l’auteur du «Procès- verbal» ont perdu leurs illusions et pactisé avec une société qu’autrefois ils ambitionnaient de changer? Ils ont pris le pouvoir et grossi leur compte en banque. Le Clézio, lui, n’a pas changé. A 68 ans, il a une allure de jeune homme timide, il est trop sincère pour briller dans la conversation, trop nomade pour s accommoder du climat germanopratin, il demeure fidèle aux utopies et aux indignations qui mettent sa littérature à hauteur d’homme, il demeure du côté des déracinés et des parias de l’Occident. »…

…C’est à dire, bien loin de nos miroirs aux alouettes littéraires sur lesquels viennent se briser les rêves de tant de Rubempré…

On comprend tout, n’est-ce pas?

 

 

Le Clézio, prix Nobel.

La solution: Tom Wolfe dans « Le bûcher des vanités »

Si l’intuition immédiate ne suffit pas, il vous reste à pianoter « natures mortes » et « morale catholique ». Vous faites ainsi surgir le mot « vanité »: « Le terme n’apparaît qu’à la fin du XVII ° …. sous la forme de vanités à la morale catholique, tandis que l’Europe du nord, » tout simplement  à partir de l’article de Wikipedia.

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Les vanités étaient en effet des tableaux représentant principalement des objets ou toute scène  évoquant « la précarité de la vie et l’inanité des occupations humaines » jusqu’au XVII° siècle où on les désignera en France par « Natures mortes ».

Redonnant vie aux enseignement de l’Ecclésiaste: « vanitas vanitatum omnia vanitas (vanité des vanités, tout est vanité) »…le moine Savonarole , bien qu’il ne fût pas l’inventeur du genre,  fit élever au XV° siècle, des bûchers, afin de brûler en place publique les marques ostentatoires des trop grandes richesses des princes de Florence et de l’église..La luxuriance des objets (miroirs, robes, bijoux, cosmétiques, tableaux de nus…) était ainsi combattue sans relâche au grand dam du clergé officiel trouvant ce moine trop zélé.

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« Le bûcher des vanités » est donc la solution de l’énigme du jour. Best-seller en 1987, le livre sera-t-il à nouveau mis en lumière à la vitrine des libraires? Pierre Assouline , (dans un billet magnifiquement illustré par une photo de Jean-Michel Berts),  l’année dernière, s’interrogeait sur l’opportunité de rapprocher le New York de 1987 du New York de 2007. Et en 2008, qu’en est-il? Car tout de même. Voilà un titre pérenne et une intrigue au châtiment prémonitoire.

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Extraits de la critique au moment de la sortie de l’ouvrage:

Le Monde: Cauchemardesque, fascinant, drôle et passionnant, le livre qu’il faut avoir lu sur ce qui est aujourd’hui la  » ville moderne  » par excellence. Les Echos: » The  » roman encore jamais écrit sur New York et ses épicentres mondialement nerveux : la Bourse et les conflits raciaux… L’argent, la politique, la presse, la justice, le courage et la lâcheté, du grand spectacle en cinémascope. Marie-Claire: Le Bûcher des vanités… cet incendie de mots éclairant la nuit contemporaine.

Tableau: Philippe de Champaigne (1602-1674)

Tableau anonyme(1498): Le bûcher des vanités Piazza della Signoria à Florence.

L’énigme du samedi: le best-seller de l’actualité brûlante

Ce n’est pas le peintre de ces natures mortes

réprouvées par la morale catholique.

Il dit s’être inspiré de Balzac, voire de Zola.

Il est vrai qu’il excelle dans la description de la société qui l’entoure.

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Son best-seller d’hier, aujourd’hui bien dépassé,

reprend la une

de notre actualité…brûlante.

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Trop facile!

Il est évident que cette simple évocation

vous a immédiatement suggéré le titre de

ce best-seller et le nom de son auteur.

Illustration: parcours-labyrinthe de la Comédie humaine