Portrait d’ailleurs et d’ici (7): Antoine Pecqueur, un enfant de la musique

Ecoutez France Musique. Ne manquez sous aucun prétexte, ce samedi 1 mai, l’émission « Les enfants de la musique », de 9h 05 à 10h 30. Vous y retrouverez  Antoine Pecqueur , que les fidèles de ce blog connaissent déjà, parlant de sa rencontre avec la musique dans sa toute petite enfance…

L’occasion également de lire ou relire son ouvrage consacré à la musique des films de Stanley Kubrick

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« Premier ouvrage en langue française sur le sujet, Les Écrans sonores de Stanley Kubrick analyse aussi bien la précision technique que la puissance symbolique dans l’emploi de la musique par le cinéaste américain. Les partitions de Haendel ou des Rolling Stones ont contribué à faire de Kubrick le maître du perfectionnisme cinématographique. Car, dans son œuvre, ce n’est pas la musique qui sert le film, mais le film qui sert la musique. »

La solution: L’homme à l’oreille cassée d’Edmond About…et les hommes politiques d’aujourd’hui

Jeandler a tout juste! Et du premier coup.

Comme le dit Leïla , « voilà un retour d’énigme vite expédié »!

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Et comme le dit encore si bien Jeandler : »Elu à l’Académie le 24 janvier 1884, Edmond About décède un an plus tard, le 16 janvier 1885, quelques jours avant sa réception. A cette époque, les Immortels n’étaient guère pressés d’accueillir un nouvel élu. Il est vrai que le nouvel immortel n’avait que 56 ans! Comme quoi, il ne faut pas trop parier sur l’avenir à moins de se mettre au froid… »

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L’histoire de l’homme à l’oreille cassée a connu en son temps un beau succès. J’aime bien la présentation qu’en fait G. Sorman (pour une fois) dans un billet n’ayant rien à voir avec le sujet (consacré aux candidats à la présidence de la république en 2009) « : il s’agit d’un roman un peu oublié, d’Edmond About, génie cocasse du second Empire; le héros, soldat de Napoléon 1er,  a été congelé en 1813 dans une forteresse prussienne. On le décongèle cinquante plus tard – un lobe de son oreille se perd dans l’opération – et notre bonhomme ne comprend plus la France dans laquelle il a ressurgi. Les hommes et femmes politiques me font irrésitiblement penser à l’homme à l’oreille cassée. »

Belle réactualisation de l’ouvrage que la poussière commençait à recouvrir sur les étagères de nos bibliothèques…

Edmond About ocupa pourtant une place non négligeable dans le panorama des hommes à la plume célèbre du XIX° siècle.  Romancier (Le Roi des Montagnes en 1857, L’homme à l’oreille cassée en 1862 ), il fut aussi journaliste et critique d’art acerbe (comme en témoigne ses jugements portés sur la peinture de Courbet) au Moniteur, au Figaro et à l’Opinion nationale.

Il fut également écrivain voyageur dont nous aurions pu suivre les traces mythiques jusquà Istanbul à travers un parcours réalisé en 1883, lors de l’inauguration de l’Orient Express. Il en fera le récit dans « De Pontoise à Stamboul ».

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Photo de l’ouvrage empruntée à ce site

3- Sur les traces mythiques d’écrivains voyageurs: Henri Mouhot au coeur de la Jungle

L’ esprit  de ce célèbre inconnu ne hante pas les Hôtels confortables, vestiges de l’époque coloniale. A quinze minutes de Luang Prabang , dans la poussière sèche d’un matin d’avril, juste avant l’arrivée des pluies, un tuk tuk vous emmène jsqu’au chemin conduisant à sa tombe. Enfouie sous la végétation. C’est ici qu’il repose. Au coeur de la jungle qu’il a explorée.

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A 33 ans, il est mort de la fièvre jaune , à Ban Phanom , petit village réputé pour ses tissages de soieries et de cotonades. Pratiquement inconnu en France, Henri Mouhot, né à Montbéliard, est cependant très célèbre Outre-Manche. Les Anglais lui rendent hommage pour avoir révélé le site d’Angkor . Ils se sont passionnés pour ses écrits de voyage à travers l’espace est asiatique.

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biographie en anglais

photo de la tombe empruntée à ce site

Portrait d’ailleurs et d’ici (6): Voltaire, François Cheng, et le jardinier de Vientiane

Vientiane, à la courbe du fleuve. Naipaul aurait pu également y arrêter sa plume. Capitale tranquille du Laos. Et de l’autre côté, juste en face, la ville thaïlandaise de Nong Khai. Il suffit de passer le « pont de l’amitié »…

Vientiane. Une petite rue calme qui conduit à l’une des rues principales en passant sous l’arche d’un temple.

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A l’autre bout, la rive du Mékong jalonnée de guinguettes. Fauteuils de plastique colorés. Tables recouvertes de toiles cirées. Les cuisinières s’affairent devant les barbecues où grillent les poissons fraîchement pêchés dans le fleuve, farcis d’herbes épicées et déjà enrobés d’une croûte de sel.

Au milieu de la rue, entourés de plantes, de fleurs et de bosquets, quelques bungalows en bois posés sur pilotis. Le jardinier, accroupi, taille un petit arbre. Et cela m’étonne, parce qu’au milieu de cet oasis verdoyant, ce petit arbre, desséché jusqu’au bout de ses branches, je l’avais remarqué, et je l’avais cru mort. Et je me suis dit que les apparences, encore une fois, sont trompeuses. chasse-fantomes.1270284429.jpgA moins qu’en ce pays, on sache comment faire pour rendre la vie aux plantes. En était-il de même pour les humains? Tant de chasse-fantômes tintinnabulent aux frontons des demeures! La vie, après trépas semble donc encore bien présente qui hante les vivants…

J’en étais là de ma rêverie aux contours flous, lorsqu’à mon passage, le jardinier se relève. C’est un homme à la silhouette fine. Long visage. Quelques rides. L’air doux et un peu fatigué. Le regard étonnamment joyeux. Il porte un T shirt bleu foncé. Si j’osais, je me pincerais. Car c’est François Cheng qui se tient devant moi. François Cheng, il y a vingt ans. Du moins tel que je me l’imagine il y a vingt ans.

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Il n’est donc pas étonnant, que le jardinier de Vientiane s’adresse à moi en français. Le sosie de l’écrivain pouvait-il ne pas parler français? Il me demande si je suis bien installée.

– Oui, très bien. C’est tellement joli ces bungalows entourés d’un petit jardin, en pleine ville.

François Cheng sourit. Je suis ravie de lui avoir fait plaisir en évoquant le jardin. Je m’étonne de son français parfait, sans aucun accent particulier.

– C’est normal, dit-il. J’ai passé huit ans en France. J’y ai fait mes études. J’ai pu avoir une bourse. Elles étaient très rares à cette époque. Juste avant 75 . Il n’y en avait que trois. J’ai obtenu l’un d’elle. C’est une famille de Lisieux qui m’a accueilli. Au début, il ne s’agissait que d’un accueil pour une mise à niveau linguistique. Et puis ils m’ont adopté comme un enfant de la famille. C’était une famille très catholique. Très pratiquante.

Je souris et le jardinier sourit aussi.

– Evidemment, à Lisieux!

– Oui, il ne pouvait pas en être autrement. Aussi, je les ai accompagnés à la messe très souvent.

-Mais vous êtes bouddhiste?

– Aucune importance! C’est très intéressant d’observer les pratiques chrétiennes dans une province française. Vous savez, la vie n’est pas très différente de celle d’ici.

– Vraiment?

– Oui, vraiment. Le tissage des liens familiaux et amicaux. Les réseaux de province, si différents de ce qu’on peut observer à Paris. Le calme. Les rituels. Comme ici. D’ailleurs, il y a des coins de province française partout dans Vientiane.

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Je m’étonne que cela soit possible. Les Français ont été des colons ici!

– Pas tout à fait, rectifie le jardinier. Les Français sont arrivés parce que nous les avons appelés. Ce n’est pas du tout la même chose.  Rien à voir avec l’Algérie ou le Vietnam. Il s’agissait d’un protectorat. Et nous avons apprécié de ne pas être dévorés soit par la Thaïlande, soit par le Viet Nam! Ce que nous pouvons regretter, c’est le manque de réel intérêt de la France à l’époque, son peu de soutien à l’économie du pays.

Le jardinier François Cheng est en fait le propriétaire des bungalows. Juriste, il a terminé sa formation aux Etats-Unis. Il me racontera l’histoire du Laos, comme s’il en avait vécu chaque page. Il revient à ses voyages. Moi à ma fascination pour cet ailleurs d’ici qui m’inciterait à y planter racine.

Le jardinier sourit:- Les choses sont semblables, dit-il. Chez vous vous trouverez ce qui est ici…et de toute façon, ajoute-t-il en clignant légèrement son oeil gauche, rappelez-vous Voltaire. Et taillant d’un coup bref, la brindille trop sèche du petit arbre qu’il soigne, il ajoute en ponctuation:

–  Il faut cultiver son jardin .

Ne croyez nullement que ce texte est une fiction. Le jardinier de Vientiane, sosie de François Cheng et disciple de Voltaire existe bel et bien. Sa silhouette reste ainsi, non photographiée. Absorbée par ce moment d’échanges tout aussi réels, je n’ai pas pensé un instant à sortir mon appareil.

Mais voici l’adresse où vous pourrez, peut-être, le rencontrer.

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Dernier ouvrage lu avant notre départ en Asie, le livre  de Madeleine Bertaud (qui l’avait présenté à la Librairie Kléber), permet une bonne compréhension de l’oeuvre de François Cheng.

Photos: G. Serrière

2- Sur les traces mythiques d’écrivains voyageurs: ces espions anglais qui ont créé un genre !

Vietnam . Hanoï. Nous sommes en 1951. Lors d’un séjour à l’hôtel Métropole , Graham Greene écrit en partie ce qui deviendra, en français, « Un Américain bien tranquille« . Visionnaire, il s’intéressait déjà au rapprochement entre l’Oncle Sam et l’Oncle Ho. Souvenance en est gardée, dans l’enceinte de ce palace rénové, cultivant le décor colonial.

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On a souvent distingué deux types d’ouvrage sous la plume de Graham Greene , ses romans à rebondissements, ses thrillers, tel Brighton Rock, qu’il appelait « divertissements », mais qui donnait néanmoins droit de cité à la philosophie et ses écrits dits littéraires tel La Puissance et la Gloire, à partir desquels s’est établie sa notoriété. Mais cette classification n’est pas de mise à travers nombre de ses ouvrages et particulièrement dans Un Américain bien tranquille

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où il mêle habilement les deux genres.

Mais qu’ont-ils donc ces écrivains anglais, ces Graham G, ces Graham S ,  ces Maugham (au nom imprononçable), ces Kipling,

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ces Le Carré , qu’ont-ils donc, à nous livrer le dessous des cartes? Tous des espions! Est-ce à dire que l’espionnage mène tout droit à l’écriture?  Voilà qui laisse songeur…

En tout cas, arpentant le monde, ils laissent derrière eux, des mots et des lieux. Pas moins de cinq suites luxueuses portent des noms d’écrivains (dont trois portraits sont présentés ci-dessous à partir des clichés mis en vitrine), à L’hôtel Oriental, de Penang , cette petite île de Malaisie, où Raffles  expérimenta sa vision  d’une colonie idéale, pour la reproduire, plus tard à Singapour.

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Joseph Conrad, dans son fauteuil. Rudyard Kipling, au centre. Orson Welles, à droite, en tant qu’écrivain de scénari. Hermann Hesse et Graham Greene font également partie des fantômes hantant les suites les plus prisées.

Ils ont en tout cas inventé le genre: le roman d’espionnage ancré dans  un espace tangible et dans la réalité d’un quotidien observé sans compromis. Retrouver leurs traces a quelque chose d’assurément exaltant. A cotoyer les espions d’hier et d’aujourd’hui, ne saurons–nous pas mieux comprendre le monde qui nous entoure et trouver, comme eux, les mots pour partager et donner à lire toutes nos découvertes?